23/12/2012

LE CHIEN QUI SUIVAIT UN PAQUET DE BRIOCHES

Il y a quelques mois j'avais fait paraître un extrait de cette nouvelle. Ce soir je vous en offre l'intégralité.

Et rappelez vous ne vous fiez pas aux apparences ! Et joyeux Noël !

 

 

 

 

LE CHIEN QUI SUIVAIT UN PAQUET DE BRIOCHES

 

 

 

Un temps de chien pensa Stéphanie en fermant la porte en verre du magasin. Une Tramontane glaciale s’était levée dans la matinée et giflait son visage sans remord. Cette année le dicton Noël au balcon Pâques aux tisons ne s’appliquerait pas. Enfin un hiver, un vrai pas une saison hybride qui faisait fleurir trop vite les mimosas et les amandiers. Une bourrasque la fit chanceler, la vache elle soufflait de plus en plus fort ! Voilà, la dernière serrure, c’est bon. Ouf, terminé ! Les retardataires qui devaient changer leurs lunettes ne viendraient pas un 24 décembre à dix sept heures. Toutes les commandes avaient été retirées, le reste pouvait attendre.

 

Quelle après-midi ! La boulangerie P… organisait une animation autour d’un Père Noël et de nombreux enfants avaient pu rencontrer le gentil Papa Noël qui dans la nuit déposerait les cadeaux au pied du sapin familial. Père Noël intérimaire cela va de soi, spécialiste de la pose de bordures de trottoirs plutôt que de l’emballage de cadeaux, mais les temps sont durs dans le BTP.

Quelques photos, des chocolats, de l’excitation, tout cela sous les yeux d’un chien perdu, famélique, chassé par quelques coups de pieds de papas soucieux des mollets charnus de leurs petits.

L’animal se cachait sous une voiture mais revenait obstinément quémander un bout de croissant, un bout de pain, une miette de brioche. Maigre butin. Il avait faim.

Stéphanie se méfiait des chiens, mordue enfant par un teckel teigneux et incontinent, elle évitait autant les races labellisées que les corniauds certifiés. Elle préférait les chats, pas pour leur gentillesse plutôt pour leur indépendance, leur indifférence. A Noël dernier elle s’était donc offert un magnifique et débonnaire Chartreux qui dormait à longueur de temps sur son canapé de cuir sable et qu’elle avait fait châtrer illico. Un idiot d’ailleurs : en poursuivant une mouche il était passé par la fenêtre du balcon et était tombé deux étages plus bas sans une égratignure.

 

Quand le va et vient des clients pressés lui en laissait le temps, Stéphanie observait le manège astucieux du chien perdu. Petit filou va. Lentement il s’approchait des petits qui perdaient leur brioche ou leur gâteau et s’enfuyait à toute allure pour éviter le coup de pompe du père furieux. Sacré malin. Il a tout compris celui-là. Il s’est bien flairer les vulnérables.

L’après-midi s’étirait, les commerçants rangeaient leurs boutiques, les enfants rentraient chez eux, fiévreux et excités par la sainte nuit qui tombait doucement.

Le Père Noël avait disparu, le chien aussi.

 

Bon, j’ai encore deux courses à faire, les sushis à récupérer, quelques cadeaux à empaqueter, oui, j’aurai assez de temps pour m’occuper de moi avant l’arrivée de mes invités.

 

La vitrine somptueusement décorée pour les fêtes de fin d’année éclaboussait le trottoir de la rue du 4 septembre, sa vitrine qu’elle observait avec fierté. Le sapin floqué de neige artificielle clignotait délicatement, de grosses boules à facettes argentées gisaient moelleusement dans la couche épaisse de fausse neige. Tous les commerçants de la rue de la République jusqu’à la place Gabriel Péri avaient harmonisé leurs vitrines. La fontaine de la place Bardou job crachait joyeusement ses jets d’eau. La Tramontane à Perpignan est chez elle, et, royale distribuait des milliers de diamants sur les passants. L’effet ouate, argent, lumière était magique : plus de promeneurs et plus de clients, l’initiative serait renouvelée.

 

-         Coucou, je pars, je viens chercher mes brioches ! Lança-t-elle aux vendeuses affairées à ranger la boulangerie et pressées de regagner leur domicile.

-         Voilà, elles sont prêtes, deux à la fraise, deux à la pomme, deux au chocolat et deux aux pignons, c’est bien ça ? Demanda Carole la plus jeune ?

-         C’est ça, vous m’avez fait deux paquets ?

-         Oui bien sûr, deux paquets avec un assortiment de brioches.

-         Je vous dois ? Heu seize euros c’est bien deux euros la brioche ?

-         Oui, seize euros s’il vous plait. Merci.

-         Bon allez je file, je passe à la cave à vins du Boulevard Clémenceau, puis je récupère les sushis et je rentre.

-         Vous avez des invités ce soir ?

-         Quatre invités comme chaque année, les mêmes. Oh c’est plus un « brunch »du soir, un apéritif très amélioré où on pique un peu de tout, mais où tout est bon. On rit, on est bien ensemble. C’est le plus important.

-         C’est sûr ! Alors bonne soirée et joyeux Noël, à mardi.

-         A vous aussi joyeux Noël, à mardi !

 

Et la voilà qui débouche rapidement sur le quai Vauban son sachet de brioches à la main.

Le vent la poussait, le chien la suivait.

Stéphanie marchai vite, la nuit était presque tombée et elle était garée au fond du parking du Palais des Congrès. Un geste de la main à la patronne de la boutique M … en passant.

Elle longea Les Galeries Lafayette, elle traversa au feu pour remonter le boulevard Clémenceau sur la droite, direction la cave à vins.

Le vent cette fois était en face et elle baissait la tête telle un taurillon dans l’arène, luttant contre les bourrasques qui gonflaient son manteau trapèze.

Le chien la suivait, le Père Noël aussi.

Une truffe noire et humide s’approcha et flaira le contenu alléchant du sachet. Stéphanie sursauta de frayeur en découvrant l’animal affamé et galeux sur ses talons, serra la poche sur sa poitrine et s’engouffra frissonnante dans l’élégante boutique de vins.

-         Je suis suivie cria-t-elle nerveusement en se précipitant vers les vendeurs !

-         Par qui ?

-         Un chien, une sale bête, moche, maigre, il veut mes brioches. Il a essayé de piquer ma poche !

 

Aussitôt les deux hommes sortirent pour vérifier les dires de la jeune femme. Ni à droite, ni à gauche, sur le trottoir en face pas de traces d’un chien errant, mais …. Un Père Noël qui se dirigeait vers eux.

-         Il n’y a aucun chien dehors, hé Père Noël t’as vu un chien qui rôde par là ?

-         Ouais, je l’ai fait dégager, il a fait peur à la dame qui vient de rentrer chez vous.

 

Les vendeurs et le Père Noël entrèrent ensemble dans la boutique où Stéphanie attendait agacée et contrariée.

-         Alors ? Vous l’avez trouvé ? Vous avez appelé la fourrière ?

-         Non, le chien est parti. Le Père Noël l’a mis en fuite. C’est fini vous ne craignez plus rien maintenant. Vous êtes garée loin ? demanda un des vendeurs soucieux malgré tout.

-         Au Palais des Congrès, complètement au fond des allées souffla-t-elle.

-         Ce n’est pas trop loin, mais le colis de vin pèse, vous pourrez porter tout ça ? s’inquiéta l’autre vendeur en observant l’élégante jeune femme.

-         Je ne sais pas.

-         Si vous voulez je peux vous aider, je porterai le colis de vin et vous ne ferez pas le chemin seule jusqu’à votre voiture au cas où le chien trainerait encore dans les parages ? intervint le Père Noël.

-         Pourquoi pas c’est une solution, déclara un des vendeurs pressé de fermer sa boutique, vous serez rassurée et en bonne compagnie avec le Père Noël, alors qu’est-ce que vous en dîtes ?

 

-         Je vous ai déjà vu ? Non ? Stéphanie observait le jeune homme attentivement.

-         Oui, c’est moi qui faisais l’animation devant la boulangerie et votre magasin finit-il par reconnaître.

-         Il me semblait bien, mais c’est votre chemin le Palais des Congrès ? Ne vous croyez pas obligé ?

-         Non, je ne suis pas obligé, c’est normal, je n’habite pas très loin d’ailleurs.

-         Bon alors, allons-y, accepta Stéphanie, décidée enfin et se demandant si dix euros seraient suffisants pour le remercier.

-         Allez c’est parti, lança le Père Noël en ouvrant la porte, le colis dans les bras.

-         Au revoir, messieurs, merci et joyeux Noël !

-         A vous aussi, rentrez bien.

 

 

Le boulevard Clémenceau était presque désert. Même les étourneaux nichés dans les platanes retenaient leurs cris et …. Le reste. Le Père Noël et Stéphanie se rendirent  rapidement vers le restaurant où les sushis attendaient. Puis direction l’avenue des palmiers. Le vent soufflait très fort. Des rafales violentes s’abattaient dans le dos de rares passants chargés d’ultimes paquets.

Les passants, le vent et… le chien aussi.

 

Discret mais tenace il suivait à quelques mètres en arrière le duo hétéroclite. Il avait froid et faim, des jours qu’il renversait des containers, crevait des poubelles, recevait des cailloux et des coups de pompe dans l’arrière-train, dormait sous les voitures. Il avait échappé de justesse à la fourrière deux ou trois fois. Mais c’était un malin. Personne ne l’attraperait, personne ne le frapperait, jamais plus. L’homme en rouge marchait le premier, le colis de vins à bout de bras, derrière la femme, les sushis et le sachet de brioches. Ah ces brioches catalanes, il en rêvait depuis des heures. Il les aurait. Encore un petit effort.

Stéphanie avait les doigts de sa main droite sciés par le sac plastique. Elle ralentit le pas et fit glisser la poche dans sa main gauche et ….  Le vit. Il était assis trois ou quatre mètres derrière elle, paisible.

Ses yeux brillaient dans l’obscurité. Ils se firent face, elle stupéfaite, lui affamé. Soudain elle se rappela ce vieux classique d’Arthur Conan Doyle « Le Chien des Baskerville », l’animal démoniaque qui hurlait et errait dans la lande brumeuse du Devonshire depuis des siècles…

Un museau fin, des oreilles pointues, un pelage bringé, un bâtard oui mais noble, il ne bougeait pas. Contre toute attente il remua la queue et se coucha sur le dos. Saisie d’étonnement, une petite chaleur envahit la jeune femme. Brève chaleur.

 

Le Père Noël déboula alors en criant et s’acharna brutalement sur l’animal, avec un bout de tuyau d’arrosage qui trainait par là. Avec une sauvagerie inouïe, il frappa le chien qui hurlait de douleur et cherchait à s’enfuir. L’autre le coinça contre un palmier et le frappait maintenant à coups de pieds, des chaussures de sécurité avec le bout en fer. La bête geignit et tomba au sol comme morte.

Alors Stéphanie révoltée de la cruauté de l’homme, se jeta sur lui, tirant cheveux, perruque, barbe blanche. Surpris l’homme se retourna d’un bloc vers elle. Ses yeux mauvais regardèrent cette pétasse pleine de fric qui ne savait pas ce qu’elle voulait.

 

Il prit la fille par le cou et la colla au palmier. Elle sentait le tronc râpeux dans son dos malgré l’épaisseur du manteau. Elle étouffait.

-         Ta gueule ! File moi ton sac connasse ! L’homme sifflait de rage, son haleine puait l’alcool et le tabac.

Avec l’autre main il tenta d’arracher le sac de Stéphanie.

Elle lutta, se débattit. Une rage impuissante l’envahit montée d’on ne sait où, le chien, la peur, l’instinct, elle résista et combattit. Une violente gifle l’assomma à moitié, elle saignait, sa lèvre supérieure se fendilla. Non il n’aurait pas son sac, salaud de Père Noël, sûrement pas. Elle lui balança un coup de genoux dans les couilles et à cet instant, sorti d’on ne sait où, des ténèbres de l’enfer, la bête dans un rugissement terrible sauta à la gorge du minable qui tomba à la renverse.

 

Le chien, laissé pour mort, ne faisait aucun quartier, l’habit de location était déjà déchiré, maculé du sang et de la bave du bâtard. Grognements et cris s’emmêlèrent, l’animal cherchait la gorge et …  une patrouille de la police nationale passa.

Aussitôt deux uniformes coururent vers la jeune femme toujours allongée.  Ce n’est pas grave, elle en sera quitte pour une grosse frayeur et quelques bleus dit l’un d’eux. Deux autres tentèrent de séparer prudemment le chien et le Père Noël, enfin ce qu’il en restait. Malgré les avant-bras levés, les crocs faisaient des dégâts. Les grognements faiblirent, l’homme sentant que l’animal fatiguait, rampa, se releva d’un bond et détala comme un lapin.

Les policiers surpris par la réaction foudroyante de l’homme se lancèrent à la poursuite du Père Noël en jetant des regards inquiets vers le chien.

Stéphanie s’était assise à même le trottoir, la voiture grande ouverte des policiers semblait chaude et accueillante.

Elle monta à l’arrière pour se mettre à l’abri de la morsure du vent. Le chien était là aussi, il l’observait, une de ses pattes avant pendait, il ne pouvait pas la poser au sol.  De vilaines coupures sur son dos saignaient encore. Il était bon pour le vétérinaire d’urgence. Les policiers pas très rassurés par l’aspect misérable de l’animal avaient posé une main sur leur arme de service.

Stéphanie hésitait, elle savait que si elle tendait la main elle ne pourrait plus revenir en arrière.

 

- Allez viens ! Finit-elle par déclarer.

Elle tira à elle le chien blessé qui venait de la sauver, il se laissa faire. Elle prit la tête du bâtard entre ses mains écorchées et l’observa en pinçant le nez.

- D’où tu sors toi ? Tu sais que tu pues ?

 

Elle chercha dans son sac un mouchoir pour le nettoyer un peu.

   - Il est à vous ce chien mademoiselle ? Haleta sceptique un policier revenu bredouille.

   - …… Oui il est à moi, il est à moi finit-elle par répondre.

   - Vous désirez porter plainte ? Nous pouvons vous accompagner au commissariat suggéra un jeune policier.

   - Non, je vais aux urgences vétérinaire, laissez-moi à ma voiture s’il vous plaît. déclara-t-elle calmement.

Ils n’insistèrent pas.

Stéphanie regagna sa voiture suivie par le chien qui boitillait et un policier qui portait la caissette de bouteilles de vin.

Elle démarra et les policiers la suivirent. Puis elle prit la direction de la route d’Argelès vers la clinique vétérinaire où le chien serait soigné, les policiers prirent la direction de la place Cassagnes.

Elle roulait vite, pressée d’arriver. Elle jetait quelques coups d’œil au chien couché à droite sur le tapis de sa mini toute neuve.

- Tu sais il y a un chat à la maison, tu t’y feras n’est-ce-pas ? C’est quoi ta race ? Et ton nom ? Bon il faudra éclaircir tout ça. Stéphanie parlait, le chien écoutait, drôle de duo.

 

Alors ? Après ça vous allez me faire croire que le Père Noël n’existe pas ? Même pas vrai !

Écrit par pippa | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |

Commentaires

Je vous vante pour votre article. c'est un vrai exercice d'écriture. Poursuivez

Écrit par : serrurier paris 18 | 21/07/2014

Merci pour votre encouragement je poursuis je poursuis. Pippa

Écrit par : pippa guardiola | 22/07/2014

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